
Collectif chez Le Chiffon
La lecture de ce petit fascicule engagé recadre avec un certain talent, ce que nous sommes nombreux à observer sur l’apparition des ces nouveaux espaces urbains : les tiers-lieux. Issue de la déclinaison de l’urbanisme transitoire et autre urbanisme tactique, ils sont, entre autre, des chevaux de Troie d’une efficacité redoutable proposant tous les vocables positivistes et vertueux de la ville de demain comme l’inclusivité, la végétalisation, l’éco-construction (il suffit de mettre le préfixe « eco » devant n’importe quel mot), la culture, le lien social, etc., etc. Vous y ajouter de l’événementiel en tout genre et vous pouvez préparer le terrain à la continuité d’un urbanisme combinant ordre social et rente financière avec une communication aux petits oignons à la clé. Comme le souligne Hacène Belmessous dans « Paris n’est plus un fête » (Les voix urbaines – Editions) : « Quand le capitalisme a saisi que les militants de l’urbanisme transitoire composeraient sans résister avec ses règles, qu’ils ne convertiraient pas leurs friches urbaines en foyers de contestation de son pouvoir, il n’a pas hésité ».
Combinant pédagogie, humour et faits très explicites, ces courts textes offrent une synthèse précieuse de ces petits bouts de territoires qui s’autoproclament « alternatifs ».
Mais en guise de conclusion de cette modeste bafouille, il me semble important d’insister sur un point. La question n’est pas de remettre en cause l’existence de ces projets qui ont sûrement leur place au sein des espaces urbains. Mais quand un acteur tel que BNP-Paribas, accompagnateur de ces projets (et d’autres d’ailleurs), qui uniquement à travers ses branches concernant l’immobilier avoisinent les 200 milliards d’€ de chiffre d’affaire, nous pouvons faire l’hypothèse et paraphraser le grand Karl Marx en disant : « les tiers-lieux sont l’armée de réserve de la fabrication de la ville ». Bonne lecture.
