
Ludovic Halbert, Félix Adisson, Francesca Artioli et Nicolas Maisetti chez Presses de Sciences Po
Attention livre important (et bien plus riche que ce modeste laïus)
Voilà un ouvrage qui interroge en profondeur les règles économiques qui sont à notre disposition pour affronter les enjeux qui traversent la société. Dans le cas présent, nos auteur·e·s s’attaquent à l’impératif de la crise écologique qui vient et regardent comment les villes, prisent dans un certain nombre de contraintes, vont, tant bien que mal, mettre en place des politiques « adaptées ».
1- Et ce n’est pas un scoop, les collectivités locales sont dans une tenaille du oui à la transition écologique mais avec des moyens toujours plus contraints. Mais ce qui fait réellement la force du livre est que ce postulat de départ va donner lieu à une analyse fine des processus qui vont quasiment s’établir en système, voire en doxa, pour aboutir à ce que nos chercheur·e·s appellent « la budgétisation de l’écologie ». le résultat sera des tensions entre les différents acteurs, l’apparition d’un management de type entrepreneurial, jusqu’à pousser certaines situations vers l’absurde où l’essentiel du temps est de « chasser » le financement qu’il soit public et/ou privé, où l’écologie devient une variable d’ajustement.
2- Les moyens humains. La vaste enquête de ce livre nous révèle presque une lapalissade : mettre en place des politiques et des actions vers la transition écologique nécessitent des personnes compétentes. Et pour illustrer ce véritable casse-tête, citation : « En embauchant des personnels pour la transition écologique sans grever les finances locales, la politique de recrutement cherche à concilier une rationalité double, à la fois environnementale et budgétaire. L’articulation entre ces deux motifs reste néanmoins asymétrique. Si un soutien politique confirmé et la mise en avant de nouvelles thématiques d’action plaident pour des recrutements traitant des enjeux et risques environnementaux pressants, la consolidation budgétaire ordonne le processus en privilégiant les gains de productivité, la réallocation des moyens existants, et, en dernier ressort seulement, l’ouverture de postes suivant une logique d’autofinancement et/ou de rentabilisation des moyens. ».
3- Point plus personnel. A la fermeture de ce livre, il nous vient quand même une interrogation sur le modèle actuel de l’écologisation de notre société : « la fameuse croissance verte » qui serait totalement compatible avec les règles du capitalisme moderne. En observant un autre secteur fondamental de nos villes, par exemple le logement, qui me semble avoir pris à peu près les mêmes voies décrites dans cet ouvrage, cela ne prête guère à l’optimisme.
Bonne lecture à toutes et à tous.
