
Marco Cremaschi aux Presses de Sciences-Po
Chaque cas est un cas, enfin presque…
Aux alentours de 2013, le responsable de la librairie française de Rome, sachant que ma compagne était italienne, prit contact avec moi pour savoir si j’étais intéressé de reprendre l’établissement car il voulait passé la main. Le soir, j’en fais part à la mère de mes enfants en lui disant avec un mélange d’enthousiasme, de naïveté et de candeur :
« cela ne te tenterait pas d’aller à Rome ? »
Sa réponse fut lapidaire et en italien :
« Roma mai più !!!! È la città più disorganizzata che abbia mai visto! » (N.d.T : Rome, plus jamais ! C’est la ville la plus mal organisée que j’ai pu connaître)
Voilà qu’elle était ma vison de la ville éternelle avant de livre le joli livre de Marco Cremaschi.C’est plus que joli d’ailleurs, c’est un véritable tour de force. En moins de 200 pages vous allez parcourir le dernier siècle et demi de cette « métropole » pas tout-à-fait comme les autres, qui pourtant sous certains aspects est comme les autres mais qui tente, sans vraiment y arriver, d’être comme les autres.
Explication. Comme le dit si bien notre auteur : histoire, ruine, paysage et culture, ce n’est pas qu’un décors, mais un espace urbain qui se vit chaque jour. Vient s’ajouter à cela une forme d’autonomie de la société civile plutôt active. Cela étant dit, comme l’a si bien montré l’historien Pierre Pinon au sujet de Paris pour son développement, le pilier économique de cette ville reste dans sa grande majorité, la rente foncière due à une faible industrialisation par rapport à sa rivale du Nord, Milan, où vient s’ajouter un rapport centre/périphérie de plus en plus ségrégué et une corruption presque structurante. Dernier point, Rome bénéficie d’un métabolisme urbain traversé par des « interactions continues vivant et non-vivant, entre organismes, sols, eaux, atmosphère et infrastructures » qui offrent un champ des possibles formidable dont la ville, et d’une certaine façon, ne sait que faire.
Que l’auteur pardonne tous ces raccourcis (je suis limité en caractères) mais l’idée, plutôt réussi d’ailleurs, est de nous montrer que malgré toutes ces « tensions », non seulement cela ne marche pas si mal, mais que, peut-être, ce « bricolage plus ou moins organisé » apporte des réflexions pour l’ensemble des métropoles face aux défis qui les attendent.
C’est un livre d’une grande richesse, formidablement documenté et accessible à tout le monde. Aucun thème de la ville contemporaine n’a été négligé, un véritable cours d’urbanisme en creux, avec Rome en bonus, que demander plus. Je concluerai par une petite réserve sur le titre, où la promenade est plus urbanistique que sociologique. Alors si vous partez à Rome, vous savez quoi ajouter à votre guide touristique. Bonne lecture.
