
Pierre Veltz, Seuil, 2025.
La ville c’est fini ! Que notre auteur pardonne ce slogan réducteur, mais à la lecture de ce livre, il est clair qu’il veut nous amener vers cette direction, je cite : « Parler aujourd’hui de la ville est donc parler de ce qui advient « après la ville » telle que nous l’avions toujours définie. » Deuxième pari et non des moindres, celui-ci nous demande de regarder devant à partir d’un postulat très fort qu’est l’accélération de l’urbanisation de la planète, celle-ci étant devenue « la substance de notre monde ». Et enfin troisième pari, pour comprendre ce changement de paradigme en cours, il faut mettre de coté l’architecture et l’urbanisme pour surtout se concentrer sur les questions économiques, sociales et écologiques. Alors disons le immédiatement, le pari est vraiment réussi. A travers 10 chapitres, d’une efficacité pédagogique redoutablement efficace, Pierre Veltz nous dresse non seulement un « portrait » actuel des pôles métropolitains qui compose notre planète mais surtout il arrive à couvrir presque tout le spectre des enjeux qui lui sont associés. Que ce soit l’explosion démographique au sein d’une économie mondialisée, les défis (énormes) écologiques, et la fracture (euphémisme) sociales qui se creusent un peu chaque jour, pas grand-chose lui a échappé. Mais ce qui fait vraiment la force de ce livre, c’est que TOUT le monde peut le lire, et je peux vous garantir, lorsque vous aurez atteint la dernière page, vous ne pourrez plus dire : « moi, les questions urbaines, je n’y comprends rien ». Avant de conclure cette modeste chronique, je me permets un petit bémol. Bien qu’elle soit abordée dans ce livre, il m’a manqué une confrontation plus frontale avec le capitalisme. Manfredo Tafuri, à juste titre, ne qualifiait pas le capitalisme comme une idéologie, mais comme une réalité historique, et j’ajouterai, « réalité » qui court toujours. Ce qu’il qualifie, Pierre Veltz « d’urbanocène » me semble moins efficace que « capitalocène ». Je m’appuie d’ailleurs, sur l’exemple qu’il nous donne concernant les métropoles du Sud prisent dans une vitesse de croissance urbaine qui semblent non maîtrisable avec comme conséquence, en plus de l’aggravation des inégalités, le très faible accès aux services de bases comme l’eau potable, en précisant : « les magnifiques grands réseaux universels, accessibles à tous, dont Londres et Paris ont donné l’exemple dès le XIX siècle, pour contenir les épidémies – sont hors de portée financièrement et techniquement ». Nous pourrions faire l’hypothèse qu’une alternative au capitalisme pourrait, potentiellement, régler ce problème. Il existe peu de livre « généraliste » (c’est un compliment) qui nous mette à niveau sur ce sujet, nous en tenons un. De plus c’est extrêmement agréable à la lecture, alors vous n’avez plus d’excuse, on fonce en libraire pour l’acheter ou le commander.