De si beaux dehors


Francesco Della Casa chez Furor

Pas besoin d’être un sociolinguiste des plus accompli pour comprendre que la séquence en cours est à la purge du langage et des mots. L’expression « espace public » n’échappe pas à la règle (personnellement j’ai mis du temps à le réaliser). De l’affirmer, cela peut être sympathique, mais de l’expliquer, le décrire, de proposer d’autres vocable avec des éléments de réflexion et d’interprétation qui nous permettent d’observer et de comprendre la ville à l’extérieur de nos habitats, c’est encore mieux. C’est ce tour de force qu’a réussi, avec brio, Francesco Della Casa en nous proposant ce livre aussi pédagogique que passionnant. Tout d’abord, celui-ci choisit le mot « dehors », c’est-à-dire « établir une distinction entre les lieux clos et couverts et ceux qui conservent une relation avec les éléments, le vent, la pluie, le soleil » (page 16). Ce postulat, au premier abord simpliste, va permettre à notre auteur de proposer un certain nombre de déclinaison dans le temps et l’espace afin de nous rappeler une chose fondamentale, le dehors c’est aussi la liberté de mouvement, fil rouge de la narration. Ensuite la méthode, véritable originalité de ce livre. Francesco Della Casa va faire appel à un certain nombre de lectures et d’auteurs qui de par leur approche et leur spécialité (vous y trouverez aussi bien de la littérature, de l’anthropologie, de l’ingénierie, de la philosophie, de l’histoire et bien sûr de l’architecture), ont étudié ce « dehors ». Prenons un seul exemple : la vie et l’usage de nos déchets où notre auteur en s’appuyant sur le travail remarquable de l’ingénieure civile, géographe, urbaniste et historienne des techniques, Sabine Barles (« L’invention des déchets urbains. France : 1790-1970 », Éditions Champ Vallon, 2005), nous montre comment, d’une certaine façon, se fabrique l’idéologie de l’espace public : « pur et policé ». L’utilisation de cette pluralité de point de vue a pour notre architecte, un objectif précis, ces « dehors » ce sont les nôtres, alors n’hésitons pas à y imprimer nos empreintes. Une belle et saine lecture que je recommande chaudement.

Ps : j’espère qu’il ne m’en voudra pas, mais en vieux bellevillois que je suis, j’ai sursauté en lisant que la rue Vilin se situe « au flanc de la butte Montmartre » (c’est page 47).

Pour prolonger la lecture sur le même sujet abordé par des approches originales, deux livres : 1- l’indispensable Colin Ward, l’enfant dans la ville (Éditions Eterotopia France). 2- Clément Rivière, Leurs enfants dans la ville (Presses universitaires de Lyon)