violence, solidarité et ressentiment dans les quartiers populaires

De Fabien Truong et Gérôme Truc Chez La Découverte
A la question: « à quoi ça sert la sociologie ? », le grand Pierre Bourdieu répondait : « cela sert à raconter des évidences » et ce que nous proposent Fabien Truong et Gérôme Truc dans ce livre magnifique, résonne parfaitement à cette maxime. Répondant à l’appel, après les attentats de janvier2015, d’un collectif citoyen de la ville de Grigny (Commune de l’Essonne et de l’un des terroristes) pour enquêter sur le rapport des quartiers populaires aux attentats islamistes, nos deux sociologues passeront finalement près de dix ans à observer et étudier la vie « banales » des grignoises et des grignois. Non seulement rien de va leur échapper mais surtout, rien ne va être éludé : la violence, le virilisme, la religion mais aussi le racisme, le manque (euphémisme) d’infrastructures les plus essentielles, la police, les humiliations, la précarité, etc., etc., la liste est trop longue. Le tout dans une recherche fine et en nuances, loin des clichés, dans la belle tradition des grands travaux en sciences sociales. Mais ce qui fait vraiment la force de ce livre c’est de nous montrer, qu’à travers un quotidien très éprouvant (dont la très grande majorité sont des travailleuses et des travailleurs dits « essentiel.le.s »), le courage exemplaire de ces gens et ce malgré le bombardement médiatique stigmatisant à outrance ces territoires. Pour revenir à la citation de Pierre Bourdieu, je confluerai ce petit laïus sur un sentiment, suivi d’une interrogation, qui m’a envahi à la fin de la lecture de cette ouvrage : pourquoi cette évidence est inaudible pour nos dirigeant.e.s, pour les grands médias ainsi que pour une très grande majorité de nos concitoyen.ne.s ? J’ai envie de croire que ce livre contribuera à inverser cette tendance, vous l’avez compris, c’est un grand bouquin aussi intelligent qu’émouvant. A lire tout simplement.
