La gouvernance de l’espace : L’architecture comme vecteur politique


De Jean-Louis Cohen chez Hermann

Une chose est sûre, nous sortons toujours plus intelligent après la lecture d’un texte de Jean-Louis Cohen. Ce petit livre, regroupant une série de conférences données en Italie entre 2016 et 2017, que les Editons Hermann ont eu la bonne idée de faire paraître, n’échappe pas à la règle. Celui-ci nous propose une Histoire de l’architecture (plutôt axée sur le XIXe jusqu’au début du XXIe siècle) basée sur ce rapport complexe entre les architectes et les pouvoirs politiques. Mais c’est une autre grille de lecture qu’il va nous proposer, celui-ci nous montre que non seulement nous pouvons sortir de la dialectique classique : séquences historiques = productions architecturales (fascisme italien, période stalinienne, etc., etc…) mais que ces cela pourrait « être remplacés par un nouveau cadre d’interprétation qui résulterait d’une cartographie alternative des intersections entre la sphère politique et celle de l’architecture moderne et contemporaine. Une des méthodes pour aboutir à cette cartographie pourrait consister à étudier les trajectoires parallèles d’architectes engagés dans la conception de projets importants pour des dirigeants politiques ou des entrepreneurs, ce qui permettrait d’apprécier autrement les pressions exercées en quelque sorte d’en haut sur les experts, tout comme leur capacité à y résister ou à les subvertir, et leur efficacité à obtenir le soutien de ces forces à leurs projets. Une telle analyse pourrait avoir des effets utiles sur l’histoire des villes et de la culture, tout autant que sur celle, plus spécifique, de l’architecture. » (page 18). Et je dois l’admettre c’est d’une pertinence redoutablement efficace car à travers moultes exemples très concis et très pédagogiques (réussir à nous expliquer la production coloniale ou le réalisme socialiste en trois pages, c’est bluffant), Jean-Louis Cohen veut nous sortir de la vision « réductrice d’une architecture strictement déterminée par le pouvoir politique » et « l’assimilation mécanique de la modernité et de la démocratie d’un côté et du conservatisme et du totalitarisme de l’autre ». Un livre passionnant accessible à toutes et à tous et qui a cette capacité à couvrir le spectre qui va du néophyte s’intéressant à la discipline juqu’aux chercheur.e.s les plus accomplis. Une saine et bonne lecture que je recommande tout particulièrement aux étudiant.e.s.