Le Grand Paris


De Aurélien Bellanger Chez Gallimard

Lorsque vous vous trouvez sur la page d’accueil de la Société du Grand Paris (structure dotée de 25 milliards d’euros) vous  pouvez lire : « Le Grand Paris est un projet d’aménagement à l’échelle de la métropole. Il a vocation à améliorer le cadre de vie des habitants, à corriger les inégalités territoriales et à construire une ville durable. » Au-delà de la formule de communication voire de propagande voici le contexte dans lequel va évoluer Alexandre Belgrand, fraichement urbaniste et héros tragi-comique du dernier roman d’Aurélien Bellanger. Celui-ci propose une fiction de haute volée qui, à travers le parcours d’un jeune homme héritiers – dans le sens des travaux de Pierre Bourdieu – et issus des quartiers « protégés » de l’Ouest parisien, nous ouvre la porte d’un autre destin celui de la métropole parisienne. Mais ce qui fait la force de cet ouvrage formidablement bien documenté, c’est la finesse et l’intelligence avec laquelle notre auteur nous décrit les intéractions complexes entre l’individu et le territoire, les forces dominantes qui ont pris le pouvoir dans l’espace urbain et jusqu’à la remise en cause de l’utilité du métier d’urbaniste. Robert Ezra Park, un des fondateurs de l’Ecole de Chicago et un des pères de la recherche urbaine écrivait dans un article en 1925 : « La ville est quelque chose de plus qu’une agglomération d’individus et d’équipements collectifs. La ville est plutôt un état d’esprit, un ensemble de coutumes et de traditions, d’attitudes et de sentiments organisés, inhérents à ces coutumes et transmis avec ces traditions. Autrement-dit, la ville n’est pas simplement un mécanisme matériel et une construction artificielle. Elle est impliquée dans les processus vitaux des gens qui la composent : c’est un produit de la nature et, particulièrement, de la nature humaine. » Aurelien Bellanger avec ce roman nous rappelle aussi cette évidence.