L’empire urbain de la finance


pouvoirs et inégalités dans le capitalisme de gestion d’actifs

De Antoine Guironnet et Ludovic Halbert Chez Amsterdam

Merci à Vincent Edin (journaliste aussi indépendant que possible) de nous offrir cette recension :

« Cet essai dense, très sourcé et pourtant très fluide dans sa lecture d’Antoine Guironnet et Ludovic Halbert comble une vraie carence dans le débat public : donner à voir la rapidité de prédation de la finance sur l’immobilier avec des conséquences catastrophiques pour la population et les petites entreprises. Les auteurs de montrer un changement radical de fiscalité dans les années 90 et sans cesse poursuivi depuis avec un état qui se prive de recettes fiscales pour encourager les entreprises à vendre leurs murs à des fonds, des « professionnels de la gestion d’actifs ». Les grandes boîtes y trouvent leur compte, pourquoi geler bêtement des actifs comme des bureaux qui ne sont pas core business ? Et c’est ainsi qu’Orange ou la Région Ile de France cèdent une grande partie de leur parc immobilier pour louer beaucoup plus cher à des privés (BNP Real Estate pour la région…), mais s’y retrouvent grâce à des jeux de bonneteau fiscal. Rapidement, la machine à « gentrifier » ou à financiariser à excès le secteur immobilier alerte le Haut Comité à la Stabilité Financière qui, dès 2016, pointe des dangereux excès dans les prix des bureaux « de l’ordre de 30% » et aussi des logements. Mais nos gouvernants ne lisent pas ou ne tiennent pas compte de la semonce et laisse la machine s’emballer en applaudissant la « création de valeur » des nouveaux entrants de l’asset management. Ces valeurs créées le sont pourtant uniquement pour des financiers, jamais pour les ménages ou les boîtes qui voudraient louer… Partout dans le monde, des manifestations d’ampleurs s’opposent à l’arrivée de BlackStone, BNP et consorts qui vendent à la découpe des immeubles entiers et renforcent la précarité de celles et ceux qui tentent de se loger dignement. Ils ont mis un coup d’accélérateur ultra brutal depuis les années 2000 aux centres urbains qui deviennent inaccessibles pour un nombre croissant de ménages, c’est le fameux capitalisme d’expulsion magistralement décrit par Saskia Sassen. Cette tendance est d’autant plus préoccupante qu’on voit que l’appétit des financiers s’étend désormais au parc HLM… Pour l’heure, l’USH a repoussé les premiers assauts mais le lobby de la finance immobilière va revenir expliquer aux gouvernants qu’il est plus indiqué que des bailleurs sociaux pour gérer le parc social et cela risque d’être une casse sociale sans nom… Ce livre appelle des prolongations et des enquêtes dure à mener pour voir quels grands fonds ce cachent derrière les acheteurs à tour de bras pour transformer des milliers de bien en Airbnb grâce, là encore, à une fiscalité qui fait la part belle aux multi propriétaires au détriment des habitants..«