L’oeil de l’état : Moderniser, uniformiser, détruire


James C. Scott chez La Découverte

…Dans la série je voudrais pouvoir tout lire mais je n’y arrive pas. Petit retour en arrière.
Attention un livre prodigieux !!!! Partant du mouvement qu’ont les individus de s’organiser autour de cette structure que nous appelons l’État, James C. Scott nous offre un ouvrage qui ré-interroge notre vision de la société, de l’agriculture, de la langue, de la technologie, de la nature, de la politique, de la colonisation, du genre, du progrès, etc… Et de la ville !! C’est enivrant, bluffant, intelligent, cela fourmille d’exemples et je vous assure TOUT le monde peut le lire. On ne peut plus voir le monde de la même façon après sa lecture. Mais comment j’ai pu passer à côté d’un livre pareil. PS : et une analyse du travail de Jane Jacobs véritablement brillante.
Citation : « Je pense que le « regard féminin», faute d’un meilleur terme, était une composante essentielle du cadre de référence de Jacobs. Bien sûr, de nombreux hommes ont fourni des critiques pénétrantes de l’urbanisme haut-moderniste, que Jacobs cite d’ailleurs abondamment. Il est néanmoins difficile d’imaginer un homme présenter son argumentaire de la même manière qu’elle. Plusieurs éléments de sa critique renforcent cette impression. En premier lieu, son expérience de la ville va au-delà du cadre du trajet quotidien entre le domicile et le travail et de l’achat de biens et de services. Les yeux avec lesquels elle observe la rue sont des mères poussant des landaus, d’enfants en train de jouer, d’amis prenant un café ou partageant un repas, d’amoureux se promenant, de gens regardant par leurs fenêtres, de commerçants s’occupant de leurs clients, ou de personnes âgés assises sur des bancs. Jacobs n’exclut pas le travail de son tableau. mais elle concentre d’abord son attention sur le quotidien de la rue tel qu’il apparait autour du travail et en dehors. Son intérêt pour l’espace public place à la fois l’intérieur du foyer et le bureau en sa lieu de travail hors de son champ de vision. Les activités qu’elle observe avec tant d’attention, de la promenade au lèche-vitrine, sont en grande partie des activités qui n’ont pas de fonction unique ou qui n’ont pas de fonction consciente au sens étroit. […] Jacobs elle-même était douée d’un « regard sur la rue » extraordinaire, et elle écrivit avec une conscience aiguë de la grande variété de fins contenue dans toute activité humaine. La fonction de la ville consiste ainsi à permettre et à encourager cette riche diversité et non à l’entraver. Selon elle, l’échec persistant des doctrines d’urbanisme à promouvoir un tel encouragement avait probablement quelque-chose à voir avec le genre. »