Plutopia


une histoire des premières villes atomiques

De Kate Brown Chez Actes Sud

Voici l’histoire de deux villes au destin « commun inversé » et parvenues à la même catastrophe. L’une aux Etats-unis, Richland, dans l’état de Washington, l’autre, Ozersk, dans l’ex-URSS, au Sud de l’Oural près de la frontière du Khazakhstan. Nous sommes en pleine guerre froide et la course à l’armement atomique vient de démarrer. Avec quelques années de décalage entre les deux pays, va sortir deux usines de plutonium sous un contrôle permanent exigeant une production accélérée qui sacrifiera, au long cours, santé publique et environnement. Le résultat étant une catastrophe deux fois plus importante que celle de Tchernobyl (toujours pas réglée d’ailleurs). L’historienne Kate Brown nous offre ici un travail de haute volée, incroyablement documenté et cela fait froid dans le dos (euphémisme). En conclusion de ce petit laïus, ce livre nous montre aussi une certaine ironie de l’histoire. Dans le cas de la ville américaine, qui va vivre sous une surveillance totale et permanente (barbelés, miradors, FBI) et ce, malgré des avantages économiques, celle-ci se transformera très vite en une micro-société totalitaire. Dans le cas de la ville soviétique, déjà dans un régime totalitaire (et corrompu), les avantages économiques vont apportés, paradoxalement, le « rêve américain ». Un livre impressionnant, doté d’une narration mêlant suspens et connaissance, qui nous rappelle, si nous avions encore quelques doutes, que le nucléaire, comment dire… C’est très, mais vraiment, très dangereux. Une lecture essentielle !

PS : et je ne résiste pas à vous citer la phrase de Matteo Salvini, le leader italien de la Lega lors d’une convention pour les jeunes entrepreneurs en juin 2022 : « je dis oui au nucléaire, et la première centrale je la veux à Milan, dans mon quartier, à Baggio ».